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Lez'Incorrectes Forum Toulousain des Lesbiennes Politiquement incorrectes
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marco Membre active
Inscrit le: 22 Mar 2006 Messages: 618 Localisation: toulouse
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Posté le: Mar 23 Mai 2006 5:04 pm Sujet du message: simone de beauvoir : deuxième sexe II |
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je suis en train de lire ce livre
elle ecrit pour que les femmes de son époques comprennent leur situation, la dépasse...
mais il y a de cela à peine 50ans et c'est très intéressant de le lire aujourd'hui
vraiment très intéressant
il y a là des clefs de compréhension de notre culture, de nous même, pour peu que l'on soit prête aussi à entendre un point de vue qui se veut objectif et donc pas complaisant.
je vous détaille les chapitres afin de vous donner une idée des sujets abordés par cette femme d'une modernité à rendre jalouse certaines de nos comtemporaines
première partie FORMATION
ch1. enfance
ch2. la jeune fille
ch3. l'innitiation sexuelle
ch4. la lesbienne
deuxième partie SITUATION
ch5. la femme mariée
ch6. la mère
ch7. la vie de soiété
ch8. prostituées et hétaïres
ch9. de la maturité à la vieillesse
ch10. siuation et caractère de la femme
troisième partie JUSTIFICATIONS
ch11. la narcissiste
ch12. l'amoureuse
quatrième partie VERS LA LIBERTION
ch13. la femme indépendante

Dernière édition par marco le Mer 07 Fév 2007 1:35 pm; édité 1 fois |
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marco Membre active
Inscrit le: 22 Mar 2006 Messages: 618 Localisation: toulouse
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Posté le: Mar 23 Mai 2006 5:07 pm Sujet du message: |
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si vous n'aimez pas lire, demandez à une passionnée de vous en faire la lecture !
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mcm Membre active
Inscrit le: 31 Mar 2006 Messages: 427 Localisation: Toulouse
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Posté le: Ven 26 Mai 2006 9:37 am Sujet du message: |
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Apres, je recommende beaucoup la biographie de Deirdre Bair, fascinante. Traduite en francais, plusieurs exemplaires a la bibliotheque de Toulouse.
Ma mere avait lu le 2e sexe des la 1e edition. Est-ce que ca vous explique un peu mon caractere :-)? _________________ Marie-Christine |
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mi ptite posteuse
Inscrit le: 17 Nov 2006 Messages: 73
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Posté le: Lun 22 Jan 2007 1:17 pm Sujet du message: |
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ch4 la lesbienne
beauvoir refute toute justification en nature du destin opprimé des femmes ce qui lui insuffle cette phrase existentialiste: on ne nait pas femme on le devient
ce ch soutient qu'homosexualité et hétérosexualité" ne peuvent être expliquées car aucun facteur n'est jamais déterminant." la pbtique de toute femme:scandale du sujet conquérant et souverain à l'idée de se changer en proie charnelle.dés qu'une femme se comporte en sujet libre elle est identifiée au ma^le.le lesbianisme permet il de se sortir de cette domination?
c'est à voir au cas par cas selon la manière dont chaque lesbienne réinvestit sa propre histoire.
toujours est il que"Toute femme a un gout pour les autres femmes.Dés lors comment expliquer chez les lesbiennes l'exclusivité de ce gout?"
facteurs proposés et refutés car contribue mais ne détermine pas:
-rancune ou traumatisme vis à vis des hommes
-rapport à la mère=emprise parceque telle le cliche d'une mère juive,elle couvau=it ou à l'opposé parce qu'elle maltraitait
-anatomiques
-pour une femme qui a le culte de sa féminité c'est létreinte saphique qui s'avère la plus satisfaisante car entre femme l'amour est contemplation(miroir)
aucun facteur n'est déterminant ,"tous contribuent à l'expliquer,il s'agit d'un choix effectué au coeur d'un ensemble complexe et reposant sur une libre décision.l'érotisme traduit une attitude glogale à l'égard de l'existence.c'est pour la femme une manière parmi d'autres de résoudre les pbs posés par sa condition en général, par sa situatuion érotique en particulier.Comme toutes les conduites humaines, elle entrainera comédies, déséquilibres, échec, mensonge ou au contraire elle sera source d'expces fécondes selon qu'elle sera vécue dans la mauvise foi, la paresse l'inauthenticité ou dans la lucidité, la générosité, et la liberté." |
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marco Membre active
Inscrit le: 22 Mar 2006 Messages: 618 Localisation: toulouse
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Posté le: Lun 22 Jan 2007 3:06 pm Sujet du message: |
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| Citation: | | Comme toutes les conduites humaines, elle entrainera comédies, déséquilibres, échec, mensonge ou au contraire elle sera source d'expces fécondes selon qu'elle sera vécue dans la mauvise foi, la paresse l'inauthenticité ou dans la lucidité, la générosité, et la liberté." |
tout à fait d'accord avec madame Castor. |
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mi ptite posteuse
Inscrit le: 17 Nov 2006 Messages: 73
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Posté le: Mer 24 Jan 2007 12:11 pm Sujet du message: |
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un curieux silence de simone de beauvoir
par Marie-Jo Bonnet
"...ça me fait quand même drôle d'être passionnément aimée de cette manière féminine et organique par deux personnes : Védrine (...) et Sorokine... "
"Lettre à Sartre, 1939.
La publication du Journal de Guerre de Simone de Beauvoir, de ses Lettres à Sartre et des Mémoires d'une jeune fille dérangée de Bianca Lamblin , ont permis de désocculter un curieux silence chez l'auteur du Deuxième sexe, dont on célèbre cette année le cinquantenaire : son rapport intime au lesbianisme.
On sait maintenant que Simone de Beauvoir a eu des relations charnelles avec des femmes, "des passions organiques", vécues généralement avec ses anciennes élèves. On sait aussi que sa vie amoureuse a été structurée autour du trio, et non du couple, un trio qui comprenait d'une part un "amour nécessaire" avec Sartre, et ce qu'elle appelait les "amours contingentes" avec des femmes. Or la question qui se pose après ces révélations posthumes est pourquoi la philosophe existentialiste a caché sa "bisexualité" alors qu'elle plaça la vérité au fondement de sa morale de l'authenticité.
Doit-on y voir une réaction à l'homophobie de la société française, qui l'a marquée dès son adolescence à travers la mort de son amie Zaza pour qui elle éprouvait des "émotions non codifiées" . Pendant la guerre, également, Simone de Beauvoir est victime de l'idéologie vichyssoise du "Travail- Famille - Patrie", puisqu'elle est suspendue de l'Education Nationale à la suite d'un plainte de la mère d'une de ses élèves pour "détournement de mineure", plainte qui déboucha pourtant sur un non-lieu. Si elle prend acte de l'homophobie dans Le Deuxième sexe en présentant les lesbiennes comme "celles qui choisissent les chemins condamnés", on s'aperçoit cependant qu'elle n'en fait pas l'analyse, se contentant de rectifier les fausses certitudes de la psychanalyse sur les lesbiennes "viriles" et "féminines, tout en encadrant sa réhabilitation de la "volupté lesbienne" de sérieuses restrictions puisqu'elle conclue quasiment le chapitre en disant : "Rien ne donne une pire impression d'étroitesse d'esprit et de mutilation que ces clans de femmes affranchies" .
On voit comme la philosophe Simone de Beauvoir n'était pas prête à se reconnaître dans la lesbienne. Tout en elle se cabre à cette idée, à commencer par sa conception de l'émancipation féminine qui est d'abord pour elle une aventure intellectuelle menée dans la confraternité masculine et consolidée par l'indépendance économique. Eros lesbien et royaume de l'Esprit sont tellement opposés chez elle, que même pendant les années M.L.F. où les lesbiennes ont enfin pris la parole publiquement, Simone de Beauvoir ne dira jamais un mot de soutien, préférant s'engager dans le combat pour l'avortement (qui ne la concernait pas personnellement, si l'on en croit ses mémoires), plutôt que dans la libération homosexuelle. Je l'ai rencontrée plusieurs fois à cette époque, dans le cadre d'un groupe d'historiens qui préparait des émissions de télévision devant avoir lieu sur "Sartre dans le siècle", et jamais nous n’avons pu en parler, bien que je l'aie questionnée sur Violette Leduc au moment où je commençais ma thèse sur l'amour entre femmes.
Ce silence sur l'homosexualité a une raison, et s'explique à mon avis bien plus par ses idées philosophiques que par une quelconque peur de la "chiennerie française" . Le matérialisme existentiel, qui fonde son analyse de l'oppression des femmes, barre tout ancrage de l'amour lesbien dans une dynamique émancipatrice. Car si la femme est l'Autre de l'homme, si la féminité est socialement construite - un mythe, démontre-t-elle dansLe Deuxième sexe -, si enfin l'amour est une aliénation librement consentie - voir son portrait sidérant de l'amoureuse -, comment une femme pourrait-elle construire son identité de sujet libre à travers un amour pour une autre femme ? C'est impossible, et l'on comprend pourquoi une telle vision de la femme "relative" ne peut déboucher sur une analyse de l'homophobie. Il faudrait que "l'essence" ne succède pas à l'existence , qu'elle lui soit au moins co-originaire pour que le désir homosexuel soit inclus comme une des dimensions de l'identité humaine.
La phrase introduisant le chapitre du Deuxième sexe sur la lesbienne est révélatrice de cette position identitaire intenable qu'eut Beauvoir de l'après-guerre jusqu'à sa mort en 1986. "... la femme est toujours frustrée en tant qu'individu actif, écrit-elle. Ce n'est pas l'organe de la possession qu'elle envie à l'homme, c'est sa proie". Voilà des mots extrêmement révélateurs de sa relation à la femme désirée et au monde masculin. La femme est une "proie" sexuelle, un objet de consommation, voir de dévoration, et d'ailleurs, les métaphores alimentaires jaillissent sous sa plume quand elle évoque la nuit passée avec une de ses jeunes amantes, comme en 1939 où elle écrit : "Nuit pathétique - passionnée, écoeurante comme du foie gras..." .
On imagine dans quelles contradictions Simone de Beauvoir dut se débattre. Une avidité existentielle sans borne qui inclue la volupté féminine, une passion absolue pour Sartre qui lui impose amantes qu'elle "partage" avec lui. Enfin, un dégoût de la féminité conçue comme pur produit de la domination ne l'ont guère aidée à lever le silence sur sa praxis lesbienne. Mais c'est peut-être encore plus son système philosophique qui fit obstacle, tant il est vrai que l'Esprit est la vraie demeure de nos "émotions non codifiées".
Marie-Jo Bonnet, (paru dans Ex Aequo n°27, avril 1999)
publié par Misfit dans: Portraits de Femmes : Simone de Beauvoir
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mi ptite posteuse
Inscrit le: 17 Nov 2006 Messages: 73
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Posté le: Jeu 25 Jan 2007 2:24 pm Sujet du message: |
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Vol. 1, No. 1, Winter 1999
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Marie Couillard
La lesbienne selon Simone de Beauvoir et Nicole Brossard: identité ou figure convergente?
Dans Le deuxième sexe, texte fondateur du féminisme moderne, s’il en est un, Simone de Beauvoir consacre environ trois pourcent de son ouvrage à la lesbienne. Un tel pourcentage ne saurait justifier à lui seul le texte qui suit. Toutefois, l’essai de de Beauvoir en renversant l’adéquation historique entre sexe et genre, introduit la nécessité de distinguer entre les données biologiques le sexe, et le genre produit social et culturel élaboré à partir de certaines données physiologiques, l’un le masculin, se posant comme terme de référence tandis que l’autre, le féminin se voit refoulé dans l’altérité. Ainsi la différence établie entre les genres apparaît-elle chez Simone de Beauvoir comme le produit d’un conditionnement à une vision patriarcale où le féminin est dévalorisé, censuré et nié.Or la prise de conscience d’un tel conditionnement confronte toute femme à une question fondamentale sur son orientation sexuelle en tenant compte que celle-ci loin de se limiter à l’attrait et au plan physique est aussi liée aux aspects sociaux, culturels, économiques et politiques de la société.
L’hétérosexualité serait-elle la seule forme naturelle (soit naturalisée par l’idéologie patriarcale) et supérieure de la sexualité humaine ou serait-elle plutôt une institution politique qui cautionne un ordre androcentrique où la construction sociale de la sexualité féminine serait intimement liée aux intérêts et aux besoins masculins?
Dans les quelques pages qu’elle consacre à la lesbienne dans Le deuxième sexe, Simone de Beauvoir ne tranche pas la question.Son chapitre «La lesbienne» comme celui des «Mythes» est construit sur le mode binaire soit : un proposition A (nature faste/femme valorisée/lesbienne excusée, justifiée) et/ou une proposition B (nature néfaste/femme dévalorisée/lesbienne jugée, condamnée). Or, si l’analyse beauvoirienne des mythes illustre bien l’extrême polarisation de la représentation des femmes dans la pensée et l’imaginaire androcentrique, le chapitre sur la lesbienne, lui, met plutôt en évidence l’ambiguïté voire le malaise de S. de Beauvoir face à la question du choix de l’orientation sexuelle.
Bien qu’au départ, de Beauvoir balaie du revers de la main le discours du déséquilibre hormonal, du développement anatomique inachevé de la lesbienne tel qu’élaboré par le biologisme, il lui est cependant beaucoup plus difficile d’en faire autant avec les discours des maîtres et les discours doxiques courants, discours androcentriques s’il en est, lesquels, à partir d’un déterminisme interne psychique vise à consolider l’impératif hétérosexuel. À la remorque de ces discours, elle catégorise la lesbienne tantôt en «féminine», résultat d’une fixation infantile (une autre forme d’inachèvement) dénoncée comme régression, tantôt en «masculine» celle qui imite l’homme pour l’égaler et qui, de facto, devient une menace à enrayer par le ridicule ou le discrédit.Dans les deux cas la lesbienne se retrouve enfermée, par un processus d’attribution où sexe et genre sont souvent confondus[1], dans un stéréotype réducteur et marginalisant, celui de la femme-enfant ou celui de la virago.Or, qui dit marginal, dit exclus.
L’ambivalence de Simone de Beauvoir se manifeste dans son insistance à voir le lesbianisme (ou l’homosexualité féminine comme elle l’appelle) comme étant le résultat de l’absence ou de l’échec des relations hétérosexuelles ou encore de voir dans l’étreinte saphique, par un effet miroir, une contemplation, une récréation du même dans l’autre où chacune serait à la fois sujet et objet (de Beauvoir, 1949, 1:499).Or, on sait que le stage du miroir en est un éminemment narcissique et ne représente qu’une étape dans la constitution du sujet.Cette perception de la lesbienne explique, sans doute, la place qui lui est réservée dans l’organisation du livre.En effet, le chapitre «La lesbienne» est inclus dans la partie «Formation» plutôt que dans celle, plus appropriée à mon avis, intitulée «Situation», surtout lorsque de Beauvoir écrit en fin de chapitre : «En vérité l’homosexualité [...] c’est une attitude choisie en situation [...]»[2] (de Beauvoir, 1949, 1:570). De même, bien que de Beauvoir affirme que «l’homosexualité peut être pour la femme une manière de fuir sa condition ou une manière de l’assumer» (de Beauvoir, 1949, 1:484), elle réintègre la doxa androcentrique lorsqu’elle écrit qu’en tant que ««perversion érotique» l’homosexualité fait plutôt sourire; mais en tant qu’elle implique un mode de vie, elle suscite mépris ou scandale» (de Beauvoir, 1949, 1:507) tout en asservissant le sujet lesbien à son personnage stéréotypé (de Beauvoir, 1949, 1:509).
L’ambivalence de de Beauvoir se manifeste non seulement sur le plan de l’argumentation mais aussi sur celui de l’écriture tant au niveau de la construction de la phrase, de la grammaire que celui du champ lexical. Ainsi la phrase : «Comme toutes les conduites humaines, elle [l’homosexualité] entraînera comédies, déséquilibres, échec ou mensonge ou au contraire, elle sera source d’expériences fécondes, selon qu’elle sera vécue dans la mauvaise foi, la paresse et l’inauthenticité» (de Beauvoir, 1949, 1:500). Cette phrase qui clôt le chapitre ne peut que laisser la lectrice, ou le lecteur perplexe.De même, l’emploi fréquent du pronom «on» renvoyant à des antécédents variables prête aussi à confusion. Dans la toute première phrase du chapitre «On se représente volontiers la lesbienne ...» (de Beauvoir, 1949, 1:481) le pronom est un «on» doxique incluant l’auteure et la lectrice, alors qu’un peu plus loin dans la phrase «on a vu que chez toutes l’érotisme infantile est clitoridien» (de Beauvoir, 1949, 1:483) le pronom «on» en est un de complicité entre l’auteure et sa lectrice. Il résulte de la démonstration que de Beauvoir a faite antérieurement. Par ailleurs, dans la phrase «chaque fois qu’elle [la femme] se conduit en être humain, on déclare donc qu’elle s’identifie au mâle» (de Beauvoir, 1949, 1:487) il s’agit d’un «on» doxique dont elle s’exclurait. Enfin elle utilise systématiquement le terme «homosexualité féminine» plutôt que «lesbianisme» déjà en usage dans la langue. Le premier ramène la lesbienne dans la classe générique homo/homme et a pour effet de souligner sa divergence et son exclusion; le second, qui en 1949 n’est pas encore politisé, n’en désigne pas moins une orientation sexuelle spécifiquement au féminin. Ainsi l’orientation lesbienne sauf dans des cas limites est-elle ambiguë chez Simone de Beauvoir, ambiguïté qu’elle reprend à son compte dans l’affirmation : «En vérité, aucun facteur n’est jamais déterminant, il s’agit toujours d’un choix exercé au coeur d’un ensemble complexe et reposant sur une libre décision; aucun destin sexuel ne gouverne la vie de l’individu : son érotisme traduit au contraire son attitude globale à l’égard de l’existence» (de Beauvoir, 1949, 1:501).
La lesbienne émerge donc chez de Beauvoir comme une figure ex-centrique doublement marginalisée, tout d’abord de par son être femme, sa différence biologique et surtout physiologique légitimant son oppression, sa condition dirait-elle, par le biais d’un discours «naturalisé» et ensuite de par son choix d’orientation sexuelle qui perturbe les codes sociaux en l’excluant de l’ordre androcentrique. Une telle perception relève d’une attitude qui fait que tout en dénonçant la condition des femmes comme le fruit d’une construction idéologique, de Beauvoir ne remet celle-ci en cause que jusqu’à un certain point qui ne rejoint pas la question, fondamentale pourtant, du choix de l’orientation sexuelle, par crainte et répugnance à l’idée «d’enfermer la femme dans un ghetto féminin» (de Beauvoir, 1972, 1:509) comme elle l’affirmera dans Tout compte fait. Bien que quelque peu décevante, la figure de la lesbienne, proposée par Simone de Beauvoir a tout de même le grand mérite d’avoir ouvert la voie aux réflexions et aux débats qui ont cours dans les milieux féministes, surtout américains, depuis les années ‘70. À partir des analyses beauvoiriennes, tout un mouvement s’est dessiné forçant chacune et chacun à repenser la sexualité et surtout ses liens avec la famille, l’état et le système économique en termes de subjectivité et multiplicité de perspectives.Nicole Brossard la poète féministe québécoise s’insère dans ce mouvement. |
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