|
|
 |
Lez'Incorrectes Forum Toulousain des Lesbiennes Politiquement incorrectes
|
| Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant |
| Auteur |
Message |
EvLy Invité
|
Posté le: Mer 03 Mai 2006 6:54 pm Sujet du message: critique tres interessante sur la serie L word |
|
|
Trouble dans le genre dans «The L Word»
Un article de Malinda Lo,
publié le 6 avril 2006 AfterEllen.com
http://www.afterellen.com/TV/2006/4/butches.html
Traduit par SexToy du forum
http://www.the-l-word-forum.com/welcome/index.php/board,19.0.html
Avant le début de la troisième saison de The L Word, Ilene Chaiken, la créatrice de la série, a dit du nouveau personnage de Moïra : C’est la première vraie butch de la série. Une butch incroyablement séduisante, mais une butch malgré tout».
Pour ma part, j’étais enthousiaste. Même si la déclaration de Chaiken signifiait qu’elle estimait que seules certaines butch étaient séduisantes, elle admettait que la série ne comportait pour le moment aucune butch. Nope, même Shane ne rentrait pas dans cette catégorie. Est-ce que cela signifiait que Chaiken et la production savaient réellement ce qu’était une «vraie butch» ?
Il est vraiment dommage que dès que cette «vraie butch» est apparue à l’écran, elle a opéré une transition femme-vers-homme dans une storyline maladroite qui a réduit toute la complexité de la transidentité à une guerre des sexes stéréotypée. Et pire encore : la transition de Moïra en Max a été décrite d’une façon qui a non seulement balayé l’existence d’une identité butch, mais qui l’a tournée en ridicule.
Dans les interviews qu’elle a donné avant le début de la saison 3, Chaiken a déclaré vouloir s’intéresser «aux questions de genre, qui sont primordiales dans la culture homo et spécialement dans la culture lesbienne depuis quelques années». Chaiken a parfaitement raison lorsqu’elle dit que les questions trans sont devenues cruciales dans la communauté lesbienne. A San Francisco, où je vis, beaucoup de lesbiennes butch ont fini par opérer une transition femme-vers-homme : c’est un secret de polichinelle dans la communauté lesbienne et beaucoup pensent que le fait de devenir trans est devenu un phénomène de mode.
Dans l’épisode 3x09, quand Kit parle à Max de sa transition en disant «Ça me rend triste de voir tant de nos fières butch abandonner leur féminité pour devenir des hommes», elle exprime un sentiment que beaucoup de lesbiennes trop politiquement correctes craignent de verbaliser.
Malheureusement, la façon dont «The L Word» aborde cette question est beaucoup trop binaire.
Le fait que Moira puisse opérer une transition pour devenir Max montre que les genres sont fluides et qu’ils ne s’excluent pas.
Le flamboyant personnage bisexuel-hypersexuel de Billie Blaikie, le nouveau manager du Planet, est censé symboliser cette fluidité.
Mais le personnage de Billie est réduit à un croisement absurde entre une drag queen et un gigolo : il n’est en réalité que le «lapin blanc» (d’«Alice au pays des Merveilles», ndlt) chargé de guider Moïra sur la voie qui fera d’elle Max.
Dans un des aspects les plus dérangeants de cette storyline, Billie aide Moira à entamer sa transition en lui fournissant de la testostérone achetée au marché noir. Certes, c’est une réalité vécue par de nombreuses personnes transgenres, mais c’est dommage que la transition de Max ait été dépeinte avec les couleurs de l’illégalité, parce qu’elles confèrent à toute son histoire une aura de criminalité, comme si la seule façon de changer de sexe ne pouvait se faire que de façon clandestine.
Au cours de sa transition, Moïra passe sans escale du point A (la féminité) au point B (la masculinité) sans qu’il soit laissé de place à cet entre-deux dans lequel le concept de genre trouve tout leur sens. Avant sa prise de testostérone, Moïra est décrite comme une personne douce et attentionnée. Après, elle devient agressive, obsédée par le sexe, colérique et pourvue d’une pilosité faciale inégale.
Sa transition vers les aspects les plus stéréotypés de la masculinité n’est en réalité qu’un prétexte permettant à Jenny de lui opposer des réparties féministes tout aussi stéréotypées. Dans l’épisode 3x09, quand Max se montre jaloux et possessif en la voyant danser avec un autre homme, elle lui dit «Quand j’ai réalisé que j’étais peut-être gay, je n’ai pas rejeté les hommes. Mais désormais, si je dois vivre avec un homme, je refuse que ce soit avec un porc agressif et macho qui n’a pas les mêmes critères pour moi et pour lui-même.»
Pour forcer le trait de la différence entre les hommes et les femmes, la transition de Max est mise en regard d’un défilé de personnages masculins qui sont censés incarner un éventail étendu de masculinité, depuis l’homme conservateur et bigot représenté par David, le fils de Kit, jusqu’à l’homme new-age et sensible incarné par Angus, le nounou d’Angelica. Dans une storyline parallèle, Tina subit ses propres principes éducatifs concernant la masculinité par le biais de son retour à l’hétérosexualité. Elle passe d’une sordide expérience de cybersexe, au cours de laquelle elle fantasme sur l’acte sexuel hétérosexuel, à une relation traditionnelle avec un père célibataire doté d’un potentiel de séduction extrêmement classique.
Ce qui est décevant avec cette place énorme accordée à la masculinité dans la série, c’est que «The L Word» est une série lesbienne. En permettant à des hommes – ou à des femmes en train de devenir des hommes – d’y exprimer à ce point leur masculinité, la série continue de nier une grande partie de ce qui rend les cultures lesbiennes si fascinantes et si queer depuis des siècles.
Mais «The L Word» fait plus que de permettre aux hommes d’exprimer leur masculinité : la série ridiculise les femmes qui possèdent des caractéristiques masculins. Bien que Moïra soit considérée comme un membre bien intégré de la communauté lesbienne de son Illinois natal, lorsqu’elle se rend à Los Angeles en compagnie de Jenny, elle outrepasse les limites de ce qui est (socialement) acceptable.
Tout d’abord, elle rencontre une poignée d’adolescents homophobes dans une station-service, qui la traitent de pédé et la violentent après que la fille du groupe l’a croisée dans les toilettes des femmes.
Ensuite, quand elles croisent un couple d’aimables touristes qui prennent Moïra pour un homme, elle leur dit s’appeler « Max », indiquant par là qu’elle comprend qu’il vaut mieux pour elle passer pour un homme que de révéler qu’elle est une femme exprimant son genre de façon inhabituelle. Et quand Moïra et Jenny arrivent enfin à Los Angeles, Moïra, se sentant enfin à l’aise en compagnie d’autres lesbiennes, s’amuse à s’identifier comme butch avec Shane en lançant à Carmen «Reposez-vous, les filles, pendant que les butch déchargent le camion».
Mais Carmen lève les yeux au ciel en glissant, moqueuse, à Shane «Vas-y, la butch, décharge le camion !». Cette moquerie vis-à-vis de l’identité butch cache chez Carmen un profond malaise face à la masculinité des femmes en général et révèle une ligne de force entre l’identité butch et les questions de classes sociales. Historiquement, dans les communautés lesbiennes, les butch étaient majoritairement issues des classes inférieures, en partie parce qu’elles étaient cantonnées à des emplois traditionnellement dévolus aux hommes (des emplois de la classe laborieuse, ndlt), en raison de leur apparence masculine.
Les lesbiennes des classes supérieures, au contraire, étaient historiquement d’apparence plus féminine, ce qui leur permettait de se fondre dans la société hétérosexuelle. Les personnages de «The L Word» sont clairement issues des classes sociales élevées : leur malaise face aux différences de genres est aussi l’expression de leur malaise face aux différences de classes.
Dans l’épisode 3x03, quand les amis de Jenny l’accueillent à son retour à Los Angeles en l’invitant dans un restaurant très cher, tous sont surpris par le fait que Moïra soit une lesbienne issue d’un milieu populaire. Bette dit «Elle vient d’un milieu où on est forcé de s’étiqueter. C’est probablement le seul langage dont elle dispose pour se décrire». Cela prouve que Bette vient d’un milieu où les canons traditionnels de la beauté féminine constituent le seul langage acceptable pour les lesbiennes. Ce discours fait preuve d’un curieux manque de sophistication pour un personnage supposé être une experte en arts reconnue sur le plan national.
S’il y avait du y avoir une seule personne à cette table capable de comprendre les différences en matière d’expression des genres, c’était bien Bette.
On aurait pu espérer que Shane, qui est physiquement la moins féminine du groupe, aurait compris Moïra. Mais face au groupe qui tente de comprendre l’identité butch de Moïra, elle ne fait que nier les notions de butch et fem : «Butch, fem, quelle différence ? On devrait refuser les étiquettes et laisser les gens être ce qu’ils veulent».
Shane se contredit elle-même dans cette phrase en appelant de ses vœux un monde sans étiquettes tout en expliquant que les gens devraient être capables d’être ce qu’ils veulent : elle nie le fait que certaines personnes veulent s’étiqueter comme butch ou fem. Pour certains, c’est tout simplement une façon de résister à la tyrannie des normes de genre.
Mais «The L Word» continue d’entretenir la confusion entre expression du genre et «jeu de rôles». Dans la saison 1, Kit a tourné en dérision le «jeu de rôles butch / fem» quand Bette l’a mise en garde contre les tentatives de séduction d’Ivan. Pareillement, dans la saison 3, Tina s’étonne que Jenny ait voulu se livrer à ce «jeu de rôles», particulièrement après tout ce qu’elle a récemment vécu.
Ce malentendu concernant les identités butch et fem, vues comme interprétées (et donc artificielles, ndlt) et non comme vécues, place «The L Word» dans ce courant féministe (américain, ndlt) des années 70, qui voyait ces identités comme anti-féministes. Cela montre que la série a une compréhension extrêmement conservatrice et réservée au grand public (maintream) des questions de genre. Elle fait preuve de tolérance vis-à-vis des personnes qui souhaitent changer de sexe, mais elle ne parvient pas à expliquer au grand public qu’il existe pour un sexe une multitude de façons d’exprimer son genre.
Mais dire que j’ai été déçue par la façon dont «The L Word» a abordé les questions de genre est faux, parce que ça voudrait dire que j’avais des attentes particulières à ce sujet.
La série de Showtime, dans ses deux saisons précédentes, a montré qu’elle ne cherchait pas spécialement à aborder avec sérieux les questions difficiles. La série reste un soap, plus proche de «Des jours et des vies» que de «Six Feet Under». Ce n’est pas étonnant : avant «The L Word», Ilene Chaiken a passé six ans à travailler pour Aaron Spelling Television, responsable de séries comme «Beverly Hills» et «Dynasty».
Je pensais que la série traiterait de ces sujets avec bonne volonté mais au final particulièrement mal. Je pensais que la série consoliderait les normes traditionnelles de la féminité. Je pensais que les butch continueraient d’être marginalisées et gommées de cette vision fantasmée de Los Angeles.
Et à cet égard, «The L Word» ne m’a pas déçue. |
|
| Revenir en haut |
|
 |
mcm Membre active
Inscrit le: 31 Mar 2006 Messages: 427 Localisation: Toulouse
|
Posté le: Jeu 04 Mai 2006 10:29 am Sujet du message: |
|
|
>beaucoup pensent que le fait de devenir trans est devenu un
>phénomène de mode
Ben, ca serait difficile de penser autrement :-)... C'est un phenomene de mode, tout comme celui d'avoir des enfants. Les lesbiennes seraient les seule creatures humaines insensibles aux courants de mode?? Meme celui de ne pas s'habiller a la mode etait une mode.
Une chose qui ne transparait pas dans toutes ces discussions sur le L-Word c'est que les lesbiennes de Los Angeles sont a l'extreme de la feminite par rapport aus lesbiennes de tout le reste des Etats-Unis. Marga Gomez, une comique NewYoRicaine, a fait tout un show (tordant) sur comment elle, consideree comme hyper-feminine a San Francisco, est devenue hyper-butch seulement en demenageant a Los Angeles, sans meme avoir a acheter une seule paire de chaussures!
Le L-Word a beaucoup de choses sur les questions de genre qui partent de cette perspective, et d'autres qui viennent du fait que tout le monde se moque d'elles a cause de ca. Elles sont atypiques et elles le savent, leurs efforts pour parler plus aux proletaires provinciales comme nous tournent souvent au stereotype, rien de tres extraordinaire.
Mais ne soyez pas naives sur un point important: bien qu'il y existe maintenant des moyens legaux et medicalement moins nuisibles de changer de sexe, la grosse majorite des gens qui le font maintenant (hommes et femmes, ou l'inverse) le font dans des circonstances illegales et dangereuses. Si ce n'est que parce que la grosse majorite des americains n'a peu ou pas d'acces aux soins medicaux en general. Et malheureusement c'est principalement un phenomene de jeunes, souvent tres jeunes, qui ont encore moins acces a la medecine.
Les raisons pour lesquelles ca touche plus les jeunes sont nombreuses. Le phenomene de mode, bien sur, ils y sont toujours plus vulnerables. Le fait que les homos sont mieux connus et moins choquants veut dire qu'on se differencie moins en n'annoncant que ca. Mais aussi a mon avis le fait est que la communaute trans est plus accueillante - il y a plus de continuite entre les generations, les trans s'occupent vraiment des jeunes d'une maniere concrete, un plan sur lequel les vieux gais sont vraiment pitoyables. En partie parce qu'il y a une terreur generale de la pedophilie, en partie parce que beaucoup de vieux gais sont installes dans une routine banlieue-4x4-momes qui ne porte pas a s'impliquer dans une communaute. Un jeune qui debarque dans une grande ville seulement homo risque de se retrouver a la rue - si il passe trans il a beaucoup moins de risque, c'est triste mais c'est une realite. _________________ Marie-Christine |
|
| Revenir en haut |
|
 |
|
|
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum
|
|