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Lez'Incorrectes Forum Toulousain des Lesbiennes Politiquement incorrectes
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Libertinazed Membre active

Inscrit le: 21 Mar 2006 Messages: 422 Localisation: Toulouse
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Posté le: Jeu 29 Juin 2006 1:23 am Sujet du message: Oui, la France a changé ! |
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Oui, la France a changé !
Par Bruno Palier. Spécialiste en sciences politiques, il vient de diriger avec des chercheurs américains un essai qui réfute les thèses des « déclinologues »
Le Nouvel Observateur. - Votre livre collectif «la France en mutation» est-il une réponse aux «déclinologues» ?
Bruno Palier . - Nous ne nous sommes pas lancés dans cette aventure pour défendre une thèse définie a priori. Mais, de fait, toutes nos conclusions vont à l'encontre de celles des « déclinologues ». Au départ, il y a une irritation. J'étais, il y a plusieurs années, dans un colloque aux Etats-Unis sur la situation française et j'entendais reprendre jusqu'à plus soif les discours habituels sur le changement impossible, la fameuse France irréformable. Or, précisément, dans mon champ de compétence, c'est-à-dire la protection sociale, j'avais le sentiment que les évolutions en France étaient considérables. Nous avons donc décidé de réunir des équipes de chercheurs français et américains, avec pour feuille de route la comparaison systématique de la France telle qu'elle avait été construite en modèle dans les années 1960 - en gros, la France néocolbertiste du gaullisme triomphant - et de la France d'aujourd'hui. Nos conclusions sont sans appel : les changements ont été considérables et sur tous les plans (économique, social, politique). Rares sont les pays d'Europe qui ont connu d'aussi profonds bouleversements.
N. O. - Si la France s'est autant réformée, pourquoi continue-t-on à dire le contraire ?
B. Palier. - La principale raison est que les réformes, en France, n'ont pas de visibilité politique, car elles se font « en douce ». Elles ne sont presque jamais explicitées, préparées par un débat public, ni mises en délibération. Les campagnes électorales - si l'on met peut-être de côté celle des législatives de 1986 - ne sont jamais l'occasion d'un débat et d'un arbitrage démocratique devant le pays. On annonce une chose et puis, sans toujours changer de discours, on fait exactement le contraire, je pense en particulier aux deux grands tournants des politiques publiques qui ont suivi les élections de 1981 et de 1995. Les deux fois, les Français ont voté pour un programme (« Changer la vie », « Lutter contre la fracture sociale ») et ont vu peu de mois après être menées les politiques inverses, « imposées » par les contraintes, mais non débattues et encore moins choisies. Au-delà de ces deux exemples typiques, il existe de nombreux cas où les politiques menées ont été suivies d'effets non anticipés, parfois inverses à ceux affichés ou souhaités.
N. O. - Par exemple ?
B. Palier. - Les lois Auroux. En 1982, elles sont faites explicitement, et sans doute de manière sincère par le gouvernement Mauroy, pour renforcer le pouvoir des syndicats. Résultat effectif : un affaiblissement de la négociation collective au niveau national et des branches, au seul bénéfice des négociations d'entreprise, comme en Grande-Bretagne, là où précisément dans notre pays les syndicats sont faibles. Autre exemple : les noyaux durs de 1986, destinés à empêcher les OPA étrangères hostiles sur les sociétés privatisées. Le problème est que, pour être valorisées en Bourse, ces sociétés sont obligées de se concentrer sur leur coeur de métier. Elles ont donc été naturellement conduites à faire sauter ces noyaux durs pour le plus grand bonheur des capitaux qu'on prétendait repousser. En matière d'éducation ou d'immigration, on pourrait trouver des multitudes de changements de cet ordre qui n'ont jamais été assumés publiquement.
N. O. - Est-ce encore vrai aujourd'hui ?
B. Palier. - Bien sûr ! L'ensemble des adaptations que vient de connaître la France va dans le sens d'une adaptation à une économie globalisée de marché. Et pourtant le discours des élites politiques reste, peu ou prou, celui d'une résistance à une globalisation présentée comme négative mais inéluctable, donc subie.
N. O. - Est-ce bien grave, dès lors que les réformes ont lieu ?
B. Palier. - D'un point de vue démocratique, à l'évidence. Mais également du point de vue de l'efficacité. Ce ne sont pas les évolutions et les réformes que contestent les Français. Quand on les interroge, on voit se dégager de très nettes majorités en faveur à la fois de l'économie de marché, de la protection sociale et d'une plus grande tolérance morale (les chercheurs parlent de libéralisme culturel). Simplement, ils acceptent mal que ces changements se fassent dans leur dos. Presque sans eux. D'où une crise de confiance profonde envers les politiques, qui est particulièrement forte en France.
N. O. - Est-ce étonnant dans un pays où les élites dirigeantes ont été si longtemps liées à l'Etat ?
B. Palier. - Le retrait du pouvoir traditionnel de l'Etat central est la marque de tous les changements qu'a connus la France depuis vingt ans. Montée du pouvoir local, intégration européenne, libéralisation de la vie économique. Je voudrais insister sur un point qui me paraît fondamental : ce désengagement a été organisé par l'Etat lui-même. C'est lui qui a ouvert les vannes. C'est lui qui a donné les impulsions décisives. Et, pourtant, c'est lui qui n'a jamais voulu (ni peut-être su) dire ce qu'il était en train de faire. Et pour cause : le secteur qui a le moins changé, c'est l'Etat lui-même, dans ses structures, son mode d'organisation. On débouche ainsi sur ce paradoxe qui veut que l'Etat aura lancé sans le dire un mouvement de réformes qui concernent tout le monde, sauf lui !
N. O. - Voit-on émerger un nouveau modèle français ?
B. Palier. - Si l'on observe des transformations économiques relativement cohérentes, dont le coût social est important, il est plus difficile de trouver quels sont les nouveaux piliers de la cohésion sociale. Ce qui existait s'est effrité. Les mouvements de redistribution sont devenus aberrants : alors qu'aujourd'hui ce sont certains jeunes qui sont le plus en difficulté (jeunes femmes seules avec enfants, jeunes non diplômés, jeunes issus de l'immigration), la redistribution continue d'être principalement tournée vers les personnes âgées de sexe masculin.
Tout changementne va pas obligatoirement vers le progrès. En tout cas, en l'absence de tout débat sérieux devant les Français, il devient difficile de trancher cette question. Prenons l'exemple des retraites. Toutes les élites européennes, toutes tendances confondues, sont persuadées qu'il faut passer d'un système fondé uniquement sur la répartition à un système mixte qui laisse une place à la capitalisation. Cette transformation peut, ou non, avoir des conséquences sociales difficiles, selon les modalités retenues (la privatisation des retraites en Grande-Bretagne a eu des effets désastreux, alors que les retraites en capitalisation sont gérées par les partenaires sociaux au Danemark sans dommages sociaux). L'équilibre ne peut être trouvé que dans un débat avec les principaux intéressés, donc par un arbitrage démocratique. Or que fait-on en France ? On entend, à droite et à gauche, des responsables politiques qui jurent ne pas vouloir développer les fonds de pension mais qui, dans les faits, leur ouvrent la voie par des mesures baptisées d'un autre nom (« épargne salariale », par exemple). Laurent Fabius a été le champion de cette méthode lorsqu'il était à Bercy. Les vraies questions sont escamotées. Comment compenser les faibles capacités d'épargne des bas revenus ? Que faire pour les femmes qui ont des carrières professionnelles discontinues ? Comment traiter le cas des non-diplômés précaires ? A force de ne pas dire vraiment ce qu'on fait, on ne peut aborder les conséquences sociales des politiques qui sont menées. Au lieu de chercher l'adhésion et la conviction des Français autour des réformes, il s'agit plutôt de les masquer, de les faire passer au-dessus des Français. Le fait que toutes les récentes réformes des retraites et de notre système de santé soient votées en août me semble significatif de cette stratégie. Les Français se sentent dès lors victimes des changements qui leur sont imposés, et non pas acteurs de ces changements.
N. O. - Est-ce la nature des élites qui est en cause ?
B. Palier. - On a trop souvent appris à nos élites qu'il fallait réformer sans le dire sous peine de réveiller les démons français. Partant souvent de l'idée que «les Français sont des veaux», pour rappeler la formule de De Gaulle, nos élites ont un mot d'ordre : dire que rien ne bouge pour pouvoir tout changer en profondeur. C'est ce changement aveugle dont on paie aujourd'hui la facture politique. Par une défiance envers les politiques qui n'a pas d'équivalent dans les pays démocratiques occidentaux. Il ne s'agit pas d'une montée de l'individualisme ou d'un repli sur la sphère privée. L'engagement collectif reste fort : jamais la vie associative n'a été aussi florissante, les nombreuses manifestations l'illustrent aussi à leur manière. Mais, en même temps, les Français ne se reconnaissent plus dans les institutions et les partis politiques traditionnels. Les trois quarts des Français estiment que les responsables politiques ne se préoccupent pas de leurs problèmes.
En France, un tiers des électeurs s'abstiennent et un tiers votent pour des partis protestataires. Les partis de gouvernement actuels ne sont soutenus que par un tiers de la population. C'est dommage car les changements considérables qu'ont vécus les Français, faute d'avoir été annoncés, négociés et expliqués, créent des situations de blocage qui sont au fond sans objet. Ce sont des faiblesses inutiles. Les nombreux changements ont été imposés sans débat, sans mobilisation, ni négociation collective. Dès lors, les Français se sentent victimes de ces changements dont on a tout fait pour les exclure et ainsi empêcher qu'ils se les approprient et deviennent porteurs des mutations françaises.
Bruno Palier , 40 ans, est chargé de recherches au Cevipof (Centre d'Etudes de la Vie politique française, CNRS-Sciences-Po). Il vient de diriger avec Pepper D. Culpepper et Peter A. Hall, professeurs à Harvard : « la France en mutation. 1980-2005 » aux Presses de Sciences-Po.
François Bazin Jean-Gabriel Fredet
Semaine du jeudi 29 juin 2006 - n°2173 - Réflexions
Lire le nouvel observateur :
N°2173
Semaine du
29/06/2006 au 06/07/2006 _________________ Amicalement Libertinazed |
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Steph Membre active

Inscrit le: 27 Avr 2006 Messages: 674 Localisation: Montpellier
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Posté le: Jeu 29 Juin 2006 10:48 am Sujet du message: |
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je ne pense pas, malheureusement, que ce soit juste une question de manque de transparence (le fond à son importance, hélas), même si effectivement, c'est peut etre ce qui est le plus critiqué, à juste titre.
Mais finalement, je trouve que l'auteur n'est pas très critique vis à vis justement des "évolutions". Qu'en pensez-vous? _________________ "La nuit qu'on la tua, Roswita eut de la chance:des trois balles qu'elle reçut, une seule fut mortelle" |
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mcm Membre active
Inscrit le: 31 Mar 2006 Messages: 427 Localisation: Toulouse
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Posté le: Jeu 29 Juin 2006 11:34 am Sujet du message: |
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Moi je trouve ca tres bien explique. Je suis tout a fait d'accord pour dire qu'il y a eu des changements enormes - ca se voit mieux de l'exterieur evidemment. Mais je trouve aussi le processus extremement opaque.
Je suis tres contente d'avoir recemment trouve ces sites:
http://www.ffii.org/~gibuskro/meplist/mon_depute.html
http://www.senat.fr/elus.html
qui permettent de trouver les adresses de ses elus. Comme les gens qui les payent ne se privent pas de donner leur avis, c'est important que les electeurs ordinaires comme nous puissent avoir aussi acces a leurs oreilles. Je vous assure qu'aux USA une campagne de communications a son depute donne des resultats tres concrets. C'est le moyen principal d'obtenir des resultats qui ont quoi que ce soit a voir avec comment et pourquoi on a vote. Et quand on vois a quel point Segolene par exemple se calque sur la politique a la Clinton, je ne crois pas que les deputes francais ne fassent pas attention quand 200,00 mails tombent dans leur boite!
Quand a l'inertie de l'electorat, ca c'est tres clair aussi, c'est une politique deliberee d'outre-atlantique. Ca se passe comme ca: on fait un grand bruit avec des scandales de tous poils. Le public, degoute, se met a mepriser les politiciens et par extension toute la politique. Ne votent plus que les irreductibles, ceux qui y ont interet, les petits vieux en general plus facho que la moyenne. Presto! L'apparence de la democracie, sans un vote genant par les gens qui voudraient que ca bouge. Genial, hein? _________________ Marie-Christine |
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Steph Membre active

Inscrit le: 27 Avr 2006 Messages: 674 Localisation: Montpellier
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Posté le: Jeu 29 Juin 2006 11:45 am Sujet du message: |
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| mcm a écrit: | f
Quand a l'inertie de l'electorat, ca c'est tres clair aussi, c'est une politique deliberee d'outre-atlantique. Ca se passe comme ca: on fait un grand bruit avec des scandales de tous poils. Le public, degoute, se met a mepriser les politiciens et par extension toute la politique. Ne votent plus que les irreductibles, ceux qui y ont interet, les petits vieux en general plus facho que la moyenne. Presto! L'apparence de la democracie, sans un vote genant par les gens qui voudraient que ca bouge. Genial, hein? |
En même temps,quelque part on a le gouvernement qu'on mérite(je suis maso!!!!); être dégouté est un fait, renoncer en est un autre. A nous de ne pas entrer dans ce jeu et de continuer à agir en citoyens  _________________ "La nuit qu'on la tua, Roswita eut de la chance:des trois balles qu'elle reçut, une seule fut mortelle" |
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